jeudi 26 novembre 2015

Entre la soumission à George Soros et celle aux dictateurs africains, il existe une 3ème voie



Entre la cooptation de la jeunesse africaine par les réseaux Soros et la soumission de bon nombre d'activistes aux dictateurs africains sous couvert de solidarité africaine, il existe une 3EME VOIE, celle de la RÉSISTANCE aux oppresseurs NOIRS et aux CORRUPTEURS BLANCS.

Le scientifique est celui qui expérimente, en vue de vérifier une théorie, ou au mieux, d'en créer une à partir de ce qu'il a testé.

Mon travail politique depuis 15 ans, m'a amené de l'activisme noir en banlieue française à l'analyse géopolitique dans les médias africains tout en écrivant mes pensées dans des ouvrages liés à la conscience noire 15 ans plus tard. Je remercie les ancêtres de me maintenir en vie malgré toutes les épreuves que j'ai eu à traverser (prison, surveillance des services européens etc), et surtout, je les remercie éternellement de me permettre de posséder cette notion, si vitale pour l'être humain, nommée "discernement".

Deux courants pullulent en Afrique francophone actuellement et sont en train d’arborer faussement le manteau de panafricanisme.

Le 1er est celui agité par bon nombre de figures des sociétés civiles africaines, souvent rappeurs, parlant de démocratie, voulant chasser des présidents africains trop longtemps restés au pouvoir sans qu'ils ne fassent rien pour le peuple. La plupart de ces mouvements est subventionné par le prétendu philanthrope américain GEORGES SOROS, qui les arrose afin qu'ils puissent promouvoir la vision occidentale des droits de l'Homme, et constituer une nouvelle classe politique africaine, fraîche, paraissant COOL, capable de vous faire des concerts suivis de meetings politiques.

Ces gens là sont dangereux, car ils touchent le cœur des gens NAÏFS en soulevant de VRAIS PROBLÈMES, (la Mal-gouvernance de nos chefs d'Etat) tout en donnant de mauvaises réponses (promotion d'un politique occidentalophile faite d'acculturation et de soumission idéologique au mondialisme).

Ils n'hésitent pas, lorsqu'ils se réunissent entre groupes africains cooptés, à se présenter comme des panafricains.

Le 2eme courant est tout aussi dangereux, en cela qu'il invoque, que dis je, CONVOQUE (en échange de quelques milliards de CFA) le panafricanisme pour laver l'honneur de chefs d'Etats Africains discrédités auprès du peuple, et qui commencent à être lâchés par l'oligarchie d'Occident (cette dernière ayant trouvé, à travers la société civile des nouveaux pions plus séduisants et plus efficaces). Si ces dictateurs , face à cet abandon de leurs anciens marionnettistes , décidaient SÉRIEUSEMENT de se radicaliser (c'était mon SOUHAIT) , et travaillaient pour l'AFRIQUE, le procédé consistant par volonté panafricaine, à les défendre serait justifiable et justifié.

Mais lorsque l'on constate que derrière les promesses (non tenues) de sortie du CFA, et les haussements de ton vis à vis des puissances coloniales (suivis d'excuses en privé vis à vis de ces dernières), il n'y a qu'une seule ligne tenue avec constance par ces dictateurs, c'est la DÉFENSE UNIQUE DE LEURS PROPRES INTÉRÊTS, et non pas ceux du peuple; il va sans dire que défendre ces derniers sous prétexte de panafricanisme constitue une TRAHISON de l'idéal de nos résistants africains d'antan.

J'ai connu, étudié au plus près ces 2 courants, travaillé sur LE TERRAIN avec chacun d'eux, car on peut difficilement critiquer un domaine que l'on a pas vu de près. Et après les avoir vu, je peux dire avec sérénité: je suis venu, je les ai vu, et si l'Afrique compte sur eux, elle EST PERDUE.

Entre la cooptation par les impérialistes EXOGÈNES et celle par les IMPÉRIALISTES ENDOGÈNES, il existe une 3ème voie, celle de l'urgente NÉCESSITÉ pour les RÉSISTANTS africains au mondialisme, de constituer face à une UNION AFRICAINE composée de ceux qui sont dans leur immense majorité, des problèmes pour leur peuple, l'UNION AFRICAINE DES PEUPLES. Car c'est le peuple qui compte, lui et lui seul. Il faudra tôt ou tard, et si possible, plus TÔT QUE TARD, que les entrepreneurs africains INDÉPENDANTS politiquement, pensent SÉRIEUSEMENT à soutenir et à financer les activistes politiques souhaitant constituer cette UNION AFRICAINE DES PEUPLES. Une structure, ONG, qui aurait des représentants dans chaque pays, et un parlement continental dans le quel CHAQUE MEMBRE SERAIT ÉLU. Si cette structure prend du poids et marque les esprits par ses actions SUR LE TERRAIN, TÔT OU TARD, l'Union Africaine des "élites" devra soit cesser son manège et compter avec NOUS,soit disparaître.

LA QUESTION réelle est: "qui est prêt à risquer le PEU DE LIBERTÉ QU'IL A POUR CONTRIBUER A NOTRE LIBÉRATION ET NOTRE AUTONOMIE RÉELLE?"

~ Kemi Seba

mercredi 25 novembre 2015

Le "Sublimis Deus", la bulle pontificale qui interdit l'esclavage



Alessandro Farnese, élu pape le 13 octobre 1534 sous le nom de Paul III

Texte intégral


Le Pape Paul III, à tous les Chrétiens fidèles auxquels parviendra cet écrit, santé dans le Christ notre Seigneur et bénédiction apostolique.

Le Dieu sublime a tant aimé le genre humain, qu'Il créa l'homme dans une telle sagesse que non seulement il puisse participer aux bienfaits dont jouissent les autres créatures, mais encore qu'il soit doté de la capacité d'atteindre le Dieu inaccessible et invisible et de le contempler face à face ; et puisque l'homme, selon le témoignage des Ecritures Sacrées, a été créé pour goûter la vie éternelle et la joie, que nul ne peut atteindre et conserver qu'à travers la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, il est nécessaire qu'il possède la nature et les facultés qui le rendent capable de recevoir cette foi et que quiconque est affecté de ces dons doit être capable de recevoir cette même foi.

Ainsi, il n'est pas concevable que quiconque possède si peu d'entendement que, désirant la foi, il soit pourtant dénué de la faculté nécessaire qui lui permette de la recevoir. D'où il vient que le Christ, qui est la Vérité elle-même, qui n'a jamais failli et ne faillira jamais, a dit aux prédicateurs de la foi qu'il choisit pour cet office « Allez enseigner toutes les nations ». Il a dit toutes, sans exception, car toutes sont capables de recevoir les doctrines de la foi.

L'Ennemi du genre humain, qui s'oppose à toutes les bonnes actions en vue de mener les hommes à leur perte, voyant et enviant cela, inventa un moyen nouveau par lequel il pourrait entraver la prédication de la parole de Dieu pour le salut des peuples: Il inspira ses auxiliaires qui, pour lui plaire, n'ont pas hésité à publier à l'étranger que les Indiens de l'Occident et du Sud, et d'autres peuples dont Nous avons eu récemment connaissance, devraient être traités comme des bêtes de somme créées pour nous servir, prétendant qu'ils sont incapables de recevoir la Foi Catholique.

Nous qui, bien qu'indigne de cet honneur, exerçons sur terre le pouvoir de Notre-Seigneur et cherchons de toutes nos forces à ramener les brebis placées au-dehors de son troupeau dans le bercail dont nous avons la charge, considérons quoi qu'il en soit, que les Indiens sont véritablement des hommes et qu'ils sont non seulement capables de comprendre la Foi Catholique, mais que, selon nos informations, ils sont très désireux de la recevoir. Souhaitant fournir à ces maux les remèdes appropriés, Nous définissons et déclarons par cette lettre apostolique, ou par toute traduction qui puisse en être signée par un notaire public et scellée du sceau de tout dignitaire ecclésiastique, à laquelle le même crédit sera donné qu'à l'original, que quoi qu'il puisse avoir été dit ou être dit de contraire, les dits Indiens et tous les autres peuples qui peuvent être plus tard découverts par les Chrétiens, ne peuvent en aucun cas être privés de leur liberté ou de la possession de leurs biens, même s'ils demeurent en dehors de la foi de Jésus-Christ ; et qu'ils peuvent et devraient, librement et légitimement, jouir de la liberté et de la possession de leurs biens, et qu'ils ne devraient en aucun cas être réduits en esclavage ; si cela arrivait malgré tout, cet esclavage serait considéré nul et non avenu.

Par la vertu de notre autorité apostolique, Nous définissons et déclarons par la présente lettre, ou par toute traduction signée par un notaire public et scellée du sceau de la dignité ecclésiastique, qui imposera la même obéissance que l'original, que les dits Indiens et autres peuples soient convertis à la foi de Jésus Christ par la prédication de la parole de Dieu et par l'exemple d'une vie bonne et sainte.

Donné à Rome, le 29 mai de l'année 1537, la troisième de Notre Pontificat.


Remarques :

  • La voix du pape n'a plus sur les souverains chrétiens l'effet disciplinaire qu'elle avait quelques siècles auparavant.
  • La condamnation papale concerne avant tout l'esclavage des Indiens sans mentionner celui des populations noires. Les souverains feignirent de croire que les populations africaines n'étaient pas concernées.
  • La bulle pontificale fut, sans surprise, complètement ignorée par les souverains non catholiques (pays protestants et Angleterre).

Sources : 

  • Les légitimations de l'esclavage et de la colonisation des Nègres, Editions L'Harmattan,‎ 2009 (ISBN 9782296111431, présentation en ligne [archive])
  • « Pour saint Augustin, (la Cité de Dieu, livre XIX, chapitre XV), l'esclavage est en effet perçu comme la sanction divine d'une faute, collective ou individuelle » Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 68
  • Edouard Biot, De l'abolition de l'esclavage ancien en Occident [archive], Paris, 1840

Elie DOMOTA à propos des attentats de PARIS



L’UGTG condamne avec la plus grande fermeté le carnage perpétré à Paris le 13 novembre dernier mais ne participera à aucune union sacrée ni avec l’Etat colonial français, ni avec ses valets locaux ni avec le patronat.

Une fois de plus, ce sont les travailleurs, des victimes innocentes qui sont frappées par la barbarie.

Nous, Travailleurs et Peuple de Guadeloupe, savons ce qu’est la barbarie pour avoir été frappés à de nombreuses reprises par le terrorisme d’état.

Sonjé les 300 guadeloupéens décapités par le général Richepanse sur la place de la victoire en 1802. Plus près de nous, la centaine de personnes massacrées par les militaires français en mai 1967, etc….

L’UGTG adresse sa solidarité aux Travailleurs et au Peuple français. Et déclare que :

  • DAESH est le fruit de la guerre en Libye, en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Centrafrique, au Mali, organisée par les puissances occidentales au service des multinationales et du grand capital international ;
  • Cette barbarie est la conséquence de la déstabilisation de ces nations orchestrée par les grandes puissances dans le but de piller les ressources naturelles et asservir les peuples ;
  • Cette barbarie est la résultante de la dislocation des nations et des peuples laissant place au chaos, laissant place à des pays sans gouvernement, sans institution, livrés à des groupes armés financés et équipés par les grandes puissances au rang desquels la France, les USA, la Grande-Bretagne, la Russie notamment.
  • Pour combattre la barbarie, il faut avant tout œuvrer pour la paix et la souveraineté des nations et non pour la guerre comme le font les grandes puissances toupatou si latè.
  • Le combat pour la paix passe inexorablement par la défense des libertés fondamentales, par la défense des syndicats et du droit du travail, protecteur des salariés, sans cesse attaqué par le patronat et l’Etat ;
  • Le combat pour la paix passe inexorablement par la défense des libertés syndicales sans cesse bafouées et qui le seront encore plus dans le cadre de l’état d’urgence décrété en France et en Guadeloupe.
  • Le combat pour la paix passe inexorablement par la réussite scolaire et l’insertion professionnelle durable de nos enfants, par l’amélioration des conditions de vie des travailleurs et du peuple pou timoun annou pa tonbé adan men a pon fanatik.

L’UGTG invite les Guadeloupéens à faire preuve de compassion et d’esprit critique en se demandant pourquoi les guerres s’invitent en France et pourquoi de jeunes français tirent sur d’autres français.


Le Sec. Gén. de l’UGTG

Elie DOMOTA


Lapwent, 17 Novanm 2015

mardi 24 novembre 2015

Quelle représentation se fait l’homme blanc de la femme noire ?



Après enquête le verdict tombe tranchant comme le coutelas. Une noire ne pèse sur la balance de la séduction que par les fantasmes qu’elle suscite, largement à cause des stéréotypes liés à sa couleur. Yann Le Bihan chercheur au laboratoire de psychologie sociale de l’EHESS à fait la constatation suivante :

« J’avais remarqué que la femme noire exerçait une certaine attraction sur les hommes blancs de mon entourage. Je voulais comprendre pourquoi. Ensuite savoir quelle était la représentation associé a cette attraction, en me focalisant sur deux aspects : la fonction de la représentation et le rôle qu’y jouait le statut social. »

Yann Le Bihan a employé pour ce faire plusieurs méthodes complémentaires : entretiens directs (association de mots), petites annonces piégées (même annonces avec 3 libellés différents dans 2 journaux au lectorat différent).

Introduire des variables a permis d’obtenir une base de comparaison et une grille d’analyse par rapport à la noire. Les résultats sont désespérants, car ils établissent d’une manière formelle que les idées reçues et les stéréotypes ont la vie dure. La femme noire apparaît comme une femme de second choix, vers qui l’homme blanc se tourne lorsque tout autre choix est épuisé.

La femme noire se réduit aux yeux du blanc à un pur fantasme sexuel. Elle est réduite à une série de clichés aussi négatifs les uns que les autres. Elle en prend pour la couleur de sa peau. Une tendance qui s’est amorcée dès la phase des entretiens directs. A son évocation, la quasi-totalité des hommes interrogés avaient associé instantanément des mots sexualité, volupté , sensualité etc. à la femme noire. Toutes les descriptions données par les hommes blancs furent exclusivement centrées sur le corps de la femme noire.

Quant aux petites annones, elles ont correspondu aux caractères sexuels de l’intérêt porté aux femmes noires. Sur les 3 annonces il y a eu 637 réponses : blonde 241 soit 41%, métisse 213 soit 33,4% et noire 163 soit 25,6%.

Le constat est le suivant : les hommes qui se sont intéressés à la femme noire sont loin de faire partie de la crème sociale ou de l’élite économique. Il s’agit ensuite d’hommes assez âgés par rapport à l’âge correspondant à celui de l’annonce ; en moyenne + de 43 à + de 50 ans présentant des stigmates ou des handicaps physiques limitant leur charme et leur pouvoir de séduction, enfin tout ce qui compromet de pouvoir séduire une jeune femme de 20 ans leur cadette.

Ce qui inversement signifie qu’une femme noire ne suscite pas l’intérêt d’un jeune homme blanc de même classe d’âge, de même niveau social et économiquement à l’aise.

Autre triste constat, la femme noire a eu plus de réponse d’homme économiquement inactif, au chômage avec une proportion de divorcés plus élevée. Egalement de provinciaux ayant un capital économique plus faible et un statut social plus bas que la moyenne. Certains ont même indiqué rechercher une femme solide pour les travaux des champs…

Sur les critères de relations sérieuses et du mariage, si les blondes et métisses ont bien reçu des réponses à caractère nuptial, la noire en revanche a croulé sous les indécences d’ordre sexuelles. Ce qui recoupe les entretiens directs au cours desquels elle était dépeinte comme voluptueuse, lubrique,sexuellement disponible etc.

Comment les hommes blancs sont-ils arrivés à associer systématiquement femme noire et sexualité, voir perversité ?

D’après Yann Le Bihan l’explication se trouverait dans le stéréotype que véhicule les noirs d’une manière plus générale. Si l’homme blanc fantasme sur la femme noire, la femme blanche peut aussi avoir la projection fantasmagorique de l’étalon noir. Car homme et femme noir dans ce stéréotype sont tous deux dotés d’une sexualité débridée. On peut définir cette attitude comme liés aux aspects négatifs que représentent les stéréotypies. Mais aussi de préjugés négatifs pré-définis non fondés et dévalorisants. Ce qui nous mène à une attitude discriminatoire et raciste.




Source : feobus.centerblog.net

lundi 23 novembre 2015

Les Signares, la minorité métisse matriarcale du Sénégal


Les signares (du portugais senhoras) sont les jeunes femmes métisses, issues du mariage de Portugais (puis de Français ou d'Anglais) avec des femmes wolofs et peules de la Petite-Côte du Sénégal, dans les comptoirs de Rufisque (Rufisco) au XVIIe siècle, puis de Gorée et finalement de Saint-Louis jusqu'au milieu du XIXe siècle.

Signare : aquarelle de l'abbé David Boilat,
(extrait de son ouvrage Esquisses sénégalaises, 1853)

Histoire


Origine et évolution


Cette francisation du mot portugais senhora (dame) désigne à l'origine les femmes africaines qui, vivant en concubinage avec des Européens influents, acquièrent un rôle économique et un rang social élevé. Les signares semblent avoir existé depuis la fin du xve siècle dans les comptoirs portugais sur toute la côte occidentale entre le Sénégal et le cap des Palmes. Le terme s'applique ensuite à toute femme retirant une certaine notoriété soit de son métissage soit de son habileté de commerçante, souvent des deux à la fois.

Arrivés à la suite des navigateurs portugais, les lançados s'adaptent au mode de vie africain et engendrent les premières communautés métisses notamment aux escales de Rufisque, Portudal et Joal. Parmi ces aventuriers se trouvent des individus en délicatesse avec la justice mais aussi des personnes de confession juive refusant de se convertir au catholicisme.

Intérieur de signare (gravure de 1890)

L'arrivée de la France et de l'Angleterre, en transformant le Sénégal en zone de guerre, détruisit cette première micro-civilisation féminine de la petite côte et le système économique pacifique, qu'elles avaient su développer avec leurs familles wolof et peules et leurs pères portugais (souvent de confession israélite). Les signares émigrèrent de la petite côte du Sénégal vers les îles de Gorée et Saint-Louis au début du xviiie siècle pour se mettre à l'abri des guerres déclenchées par les Occidentaux entre les rois du Sénégal pour obtenir des esclaves en échange d'armes à feu, de poudre, de munitions, de verroteries et de pièces d'Indienne (morceaux de tissu importés d'Inde puis fabriqués à Rennes dans le cas de la France).

Par la suite les signares dédaignent le simple concubinage et développent, entre le xviiie siècle et le xixe siècle, une pratique de mariages à la mode du pays qui ressemble plus à l'application d'un droit coutumier africain ou musulman qu'aux préceptes matrimoniaux français. Les premières femmes à convoler ainsi viennent en majorité de la communauté des noirs catholiques affranchis ou des captifs domestiques*. Ces mariages durent habituellement le temps du séjour du mari et il arrive que la même femme épouse successivement les quatre ou cinq titulaires consécutifs d'une même fonction, devenant ainsi la « femme de l'emploi ». Non seulement le mari européen apporte des avantages matériels immédiats mais il laisse après son départ maison, esclaves et capital à faire fructifier dans le commerce. Ces mariages à durée limitée sont entérinés par les pouvoirs publics même après l'application du Code Civil en 1830.

La Signare de Gorée avec ses esclaves, gravure polychrome d'Adolphe d'Hastrel.
Musée de la Compagnie des Indes (Lorient)

Ils ne représentaient pas plus de 15 % du total des unions. Les signares étaient fortement attachées aux unions endogamiques entre métis (80 % des unions), seules capables de pérenniser leur culture et de préserver le capital accumulé de mère en fille sur plusieurs générations. Les mariages avec des Occidentaux étaient élitistes et avaient pour objet de construire en France et en Angleterre de puissants réseaux d'affaires familiales et de faire bénéficier leur communauté de la protection permanente de leurs parentés occidentales contre d'éventuels brutes envoyées à Gorée par les administrations de ces nations. Les Signares ne se mariaient donc jamais avec de simples matelots, mais avec des cadres bourgeois ou aristocrates français et anglais. Les signares ne sont pas issues du mariage de femmes africaines esclaves avec des Occidentaux mais bien d'unions libres entre femmes lébous ou wolofs parfois faisant partie de l'aristocratie et des Occidentaux. Une des nièces de la reine du Waalo Ndaté Yalla était d'ailleurs une signare.

Un bal de signares à Saint-Louis (gravure de 1890)

Les signares réussirent au cours de différentes périodes à résister aux gouverneurs et officiers fraîchement débarqués qui contestaient leur pouvoir et leurs privilèges. Grâce à leurs réseaux familiaux, elles arrivaient sans peine à atteindre les instances du pouvoir monarchique en France comme en Angleterre afin de contrecarrer toute décision déstabilisant leur mode de vie.

Ces rusées mulâtresses (métisses), appelées communément signares (qualificatif de rang et non pas de couleur), étaient réputées pour leur beauté envoûtante et leurs richesses, qu'elles firent fructifier habilement. Entre coquetterie quotidienne, fêtes dominicales et entretien de suites grouillantes de petites captives richement parées (esclaves sauvées de la traite négrière et intégrées aux maisons des signares), elles menèrent des vies de femmes fatales, cultivant à l'extrême la sensualité.

L'origine sociologique des signares de Gorée, n'est pas liée à la servitude (esclave) mais bien au contraire à des unions entre personnes libres ; l'affirmation ci-dessus est contraire aux résultats de recherches du professeur Jean Boulègue de l'EHESS (Paris) et aux actes notariés des Archives nationales de France. L'auteur a probablement confondu avec les signares de Saint-Louis du Sénégal qui elles sont en partie issues de cette strate sociologique comme l'atteste la thèse de Nathalie Reysse - Sorbonne Thèse de Doctorat 1982.

Quelques signares célèbres, leurs maris et leur descendance



Stanislas Jean de Boufflers, marquis de Remiencourt

Mary de Saint Jean de Gorée, épouse du Député Barthélémy Durand Valantin vers 1843
Barthélémy Durand Valantin (5 décembre 1806 - 1864),  

Bibliographie


  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Joseph Roger de Benoist, Abdoulaye Camara et Françoise Descamps, « Les signares : de la représentation à la réalité », dans Abdoulaye Camara & Joseph Roger de Benoist, Histoire de Gorée, Maisonneuve & Larose,‎ 2003
  • Joseph Roger de Benoist et Abdoulaye Camara, Gorée, Guide de l'île et du Musée historique, Publication du Musée historique, Dakar, avril 1993
  • Joseph Roger de Benoist, Abdoulaye Camara, F. Descamps, X. Ricou et J. Searing, Histoire de Gorée, Maisonneuve et Larose, 2003
  • Abdoulaye Camara, « Gorée : Passé, présent et futur » in Le Patrimoine culturel africain, Maisonneuve et Larose, 2001
  • Jean-Luc Angrand, Céleste ou le temps des Signares, Éditions Anne Pépin, 2006, essai.
  • Guillaume Vial, Les signares à Saint-Louis du Sénégal au XIXe siècle : étude critique d'une identité métisse, Université de Reims, 2 vol., Mémoire de maîtrise, 1997
  • Tita Mandeleau, Signare Anna, ou le voyage aux escales, Dakar, Nouvelles Éditions africaines du Sénégal, 1991roman. (ISBN 2723604373)

Film documentaire


1994 : Gorée, l'île des signares (Abdoulaye Camara, Florence Morillères, France, Neyrac Films, 26'


Les Britanniques ont envahi 90% des pays du monde

Les Britanniques viennent d’être sacrés champions toutes catégories de l’impérialisme. Les Romains, les Ottomans ou l’URSS font pâle figure à côté du bilan de l’Empire britannique: les Anglais auraient envahi 90% des pays du monde au cours de l’Histoire, rapporte The Telegraph.

Ce constat vient d’un nouveau livre écrit par un certain Stuart Laycock. Ce Britannique est allé dans tous les pays du monde, dans l’ordre alphabétique, afin d’y chercher des traces d’une présence militaire anglaise au cours de l’Histoire. Les résultats sont édifiants.

Seulement 22 pays, dont la plupart sont de petites puissances telles que le Luxembourg, la Suède, le Vatican ou encore Monaco, n’ont jamais eu de contacts militaires avec les armées de Sa Majesté. Même si la plupart des pays n’étaient pas des colonies britanniques officielles, elles sont tombées sous influence britannique de différentes manières, explique The Telegraph

«Le reste (des pays considérés comme envahis) a été inclus car les Britanniques y ont eu une forme de présence militaire –même passagère– soit par la force, la menace de la force, la négociation ou le paiement.»

The Telegraph remarque que les invasions de certains pays sont peu connues du grand public telles que celle de l’Islande en 1940 après que l’île (d’une grande importance stratégique car située entre les Etats-Unis et l’Europe) décide de rester neutre dans le conflit entre Alliés et Axe. Le Vietnam, traditionnellement associé aux Etats-Unis et dans une moindre mesure à la France, a également subit plusieurs incursions britanniques depuis le XVIIe siècle.

Devinez quelle nation à l’honneur d’avoir été la plus envahie par les Anglais? La France bien sûr. La France qui est d’ailleurs la seule autre nation selon Stuart Laycock qui pourrait arriver à un bilan impérial comparable.

La seule? Pas pour The Atlantic Wire qui, non sans une pointe de jalousie, remet en cause la méthode de l’auteur:

«L’auteur a pris quelques libertés avec la définition d’une invasion. Ou au moins, il la définit de manière très large (...) Les incursions de pirates britanniques, de corsaires ou d’explorateurs armés ont également été incluses, à condition qu’ils aient opéré avec l’accord de leur gouvernement.»

Le site américain tient à rappeler l’envergure de la présence américaine dans le monde, surtout si l’on utilise la même méthode que l’auteur:

«Dans ce cas, nous avons un bon candidat pour la deuxième place du prix de l’empire le plus important: les Etats-Unis (...) Mais si l’on colle au plus près à la méthode de Laycock, les données du Département de la Défense montrent que les Etats-Unis ont une présence militaire dans 153 pays dans le monde.»

Et de conclure:

«Les Britanniques ont donc envahi 90% des pays du monde et nous en avons envahi 80% (...) Nous allons juste laisser les Britanniques profiter de leur prix du plus gros empire. C’était marrant tant que ça durait, pas vrai?»

Source : http://www.telegraph.co.uk/

Le lourd passé colonial des pays scandinaves dont on ne parle jamais



Des historiens suédois ont rouvert le chapitre sombre de l'histoire coloniale scandinave.


Le chemin diplomatique entre la Scandinavie et l’Afrique est pavé de bonnes intentions. Il constitue, malgré de nombreuses embûches, une des voies prioritaires de l’aide au développement. Parmi les pays qui s’investissent sur la scène humanitaire, la Suède et la Norvège figurent comme les plus volontaristes. Un sacerdoce qui traduit le progressisme des sociétés du nord de l'Europe et leur inclination à agir sur les territoires africains les plus instables. 

Mais le rapport entre les deux régions est bien loin d’être aussi vertueux qu’il n’y paraît. D’une part parce que les conséquences effectives de l’aide humanitaire dans les zones en crise du continent africain sont contrastées; d’autre part, car l’histoire de la Suède et de la Norvège est faite de colonisation et d’esclavage. 

Longtemps, les pays scandinaves ont occulté ce passé si dérangeant, polissant leur image de nations tolérantes en lutte constante contre l’oppression. Tout au plus, Stockholm et Oslo concédaient que leur histoire reflétait parfois une bien terne neutralité. Mais le miroir était déformant.

La Suède a la mémoire sélective: depuis les années 1950, plus aucun travail de recherche n’avait été mené sur le commerce des esclaves indique Africaisacountry. Une incongruité au regard de sa position centrale dans le commerce triangulaire. Certes, les navires partaient plus souvent de Grande-Bretagne ou de France, mais les chaînes en acier ou les barres de fer étaient fournies par le Royaume de Suède.

Les scandinaves se lancèrent aussi un temps dans la conquête du Nouveau Monde. Ils constituèrent des comptoirs dans les Antilles, mais également en Côte d’Or (actuel Ghana) avant de les revendre aux détenteurs des grands empires coloniaux. Pour l’historien Fredrik Thomasson, les Suédois ne faisaient pas preuve de plus d’humanisme que les autres:

«Je ne vois aucune différence entre la façon avec laquelle les esclaves étaient traités dans les colonies suédoises d’avec celle des autres colonies. La loi appliquée n’était pas celle en vigueur en métropole.»

Une réalité que le chercheur fut bien en peine de découvrir. Les archives nationales ne faisaient pas mention de la traite négrière dans les colonies suédoises et Thomasson dut se reporter sur des documents français. David Nilsson connut les mêmes difficultés: la participation de la Suède à la conférence de Berlin (novembre 1884 à février 1885) était complètement absente des ouvrages académiques suédois.

Pourtant, tous les pays scandinaves se rendirent dans la capitale allemande, afin de prendre part au «partage de l’Afrique». Chacun avait des intérêts stratégiques à défendre. En qui concerne la Suède, David Nilsson considère qu’ils étaient de quatre ordres: 

«Premièrement, la Suède avait peur d’être mise de côté, elle voulait s’assurer de jouer un rôle dans le concert des nations. Deuxièmement, elle voulait permettre à sa flotte commerciale, la deuxième au monde, d’avoir accès à l’Etat libre du Congo. Troisièmement, elle souscrivait à l’idée de propager la civilisation, qui était explicitement mentionnée dans les médias à l’époque. Et Quatrièmement, cela correspondait au désir du roi Oscar d’entretenir une relation plus étroite avec l’Allemagne.»

Même si les pays scandinaves furent des acteurs marginaux du colonialisme, la redécouverte de ce noir passé témoigne, pour l’historien Gunlög Fur, de la modestie qu’induit une plus grande coopération internationale. Fredrik Thomasson lui, penche pour une option plus cynique:

«Je pense que le climat intellectuel actuel correspond à un désir de faire partie de l’auto-flagellation postcoloniale. A moins d’avoir une faute coloniale à expier vous ne pouvez prétendre faire partie du camp des grandes puissances.»

Source : Africaisacountry

Une base de données recense 46 000 anciens propriétaires d'esclaves en Grande Bretagne



«Bureau de protection des esclaves», Richard Bridgens, 1838

Lorsque l'esclavage a été aboli dans les colonies britanniques en 1833, 46.000 Britanniques étaient propriétaires d'esclaves, selon le décompte de deux professeurs de l'University College London. Dans la base de données mise en ligne par les historiens, on retrouve notamment des ancêtres du premier ministre David Cameron, de l'acteur Benedict Cumberbatch et de l'écrivain George Orwell, rapporte The Guardian.

Les archives utilisées viennent du Comité sur la compensation des propriétaires d'esclaves (Slave Compensation Commission), qui a mis en oeuvre le dédommagement financier de tous ces esclavagistes ayant perdu leurs biens, c'est-à-dire les 800.000 Africains qui ont été libéré à l'abolition. En tout, les propriétaires ont reçu 20 millions de livres de l'époque, soit un équivalent de 16 milliards de livres actuelles... Cette somme représentait 40% des dépenses du gouvernement en 1834! Il s'agit du deuxième plus gros sauvetage financier de l'histoire du pays, après le renflouement des banques en 2009.

Pour chaque propriétaire, la base de données en ligne permet de savoir combien d'esclaves il avait, où ces esclaves travaillaient, ainsi que le montant de la compensation financière reçue après l'abolition. Les esclaves eux, n'ont pas reçu de dédommagements. Au contraire, ils ont été forcés de travailler gratuitement pour leurs anciens maîtres 45 heures par semaine pendant quatre ans après l'abolition.

Les archives dont ces informations sont tirées n'étaient pas secrètes, mais ce n'est qu'en 2010 que les historiens Catherine Hall et Nick Draper ont commencé à les analyser.

Dans le Guardian, l'historien David Olusoga, qui a réalisé un documentaire sur ces propriétaires d'esclaves qui sera diffusé sur la BBC le 15 juillet, rappelle qu'en Grande Bretagne, l'histoire de l'esclavage est souvent passée sous silence: 

«Alors que les plantations de coton du sud des Etats-Unis étaient établies sur le sol même du pays, l'esclavage britannique a eu lieu à 5.000 km, dans les Caraïbes. Cette distance géographique a permis à l'esclavage de disparaître de l'histoire britannique.»

Or l'une des surprises révélées par la base de données est que posséder des esclaves n'était pas seulement réservé à l'élite. De nombreux membres des classes moyennes avaient aussi quelques esclaves. Ils ne possédaient pas de terre mais louaient leurs esclaves aux propriétaires terriens.

Source : http://www.slate.fr/

dimanche 22 novembre 2015

Le "concept de déité" par le Dr John Henrik Clarke.






"Pour maintenir un peuple dans l'oppression vous devez d'abord le convaincre qu'il est censé être opprimé.
Lorsque l'européen vient dans un pays, la première chose qu'il fait c'est de rire de votre Dieu et de votre concept de Dieu. Et la chose suivante c'est de vous faire rire de votre propre concept de Dieu. Alors, il n'a pas besoin de vous construire de prisons, parce qu'il vous tient dans une prison plus contraignante que le fer.
Chaque fois que vous changez votre propre concept de Dieu, vous n'êtes plus un homme libre. Nul besoin de d'enchaîner votre corps, parce que les chaînes sont dans votre esprit.
Chaque fois que quelqu'un dit que votre Dieu est laid et que vous abandonnez votre Dieu et rejoignez leur Dieu, il n'y a pas d'espoir pour votre liberté tant que vous ne croirez pas de nouveau en votre propre concept de «déité».
Et voilà comment nous sommes piégés. Nous avons été éduqués à croire le concept de déité de quelqu'un d'autre, et la norme de beauté de quelqu'un d'autre. Vous avez le droit de pratiquer la religion et la politique d'une manière qui convient le mieux à votre liberté, à votre dignité et à votre compréhension. Et une fois que vous faites cela, ne vous excusez pas. 
Tout ce que l'esprit européen n'a jamais conçu l'a été pour faciliter leur domination monde. Tout ce que vous prenez d'Europe, vous allez l'utiliser pour vous-même, et l'adaptez pour qu'il vous convienne.  
Où nous sommes-nous trompés en matière d'éducation? Après la guerre civile, durant la période appelée la reconstruction, une période de pseudo-démocratie, nous avons commencé à avoir nos propres institutions, nos propres écoles. Nous n'avions pas de modèle d'école... notre propre modèle d'école. Nous avons donc commencé à imiter les écoles blanches.
Notre église était une imitation de l'église blanche. Tout ce que nous avons fait c'est de modifier le vieux piège. Nous n'avons pas modifié les idées, nous sommes devenus plus à l'aise avec le piège. Nous n'avons pas modifié les idées, nous avons changé certains concepts, mais les idées sont restées les mêmes. Ainsi, la mauvaise éducation qui nous a donné une mentalité d'esclave a été modifié. Mais elle est restée essentiellement la même."



~ Dr John Henrik Clarke


Traduction de Franswa Makandal

La nourriture comme arme, par le docteur Amos Wilson



La dépendance de beaucoup de nations africaines à la distribution de la nourriture occidentale signifie que l'Occident peut utiliser la nourriture comme une arme ultime pour maintenir sa domination de Afrique. Cette situation a incité la CIA à publier, en 1974 une étude intitulée "Potential Implications of Trends in World Population, Food Production, and Climate" [Implications potentielles des tendances dans la population mondiale, la production alimentaire, et le climat, ndlr] dans laquelle il laisse entendre que la dépendance mondiale croissante aux excédents américains laisse présager une augmentation de la puissance et de l'influence américaine, en particulier vis-à-vis des pays pauvres en déficit vivrier ... Les mauvaises années, lorsque les États-Unis ne pouvaient pas répondre à la demande alimentaire de la plupart des prétendus importateurs, Washington allait acquérir un pouvoir de vie et de mort virtuelle sur des multitudes de personnes dans le besoin. Sans avoir à se livrer à un chantage dans tous les sens, les Etats-Unis gagnent une extraordinaire influence politique et économique. 

Les Etats-Unis et leurs alliés européens ont truqué les règles du commerce et des affaires de telle sorte qu'ils gagnent tous les paris. Ces règles visent à exclure, par la manipulation des droits de douane et des quotas, les produits manufacturés d’Afrique, et par conséquent, contribuent à maintenir sa dépendance par rapport aux produits primaires pour la grande majorité de ses exportations. En somme, les «monocultures» d'ingénierie européenne d'Afrique les rendent très vulnérables à la baisse continue et non-anarchique des prix des matières premières. Autrement dit, la dépendance économique de nombreux pays africains par rapport à la vente d'un ou de quelques produits de base aux pays industrialisés, les rend vulnérables aux prix que les nations décident de payer pour de tels produits. Et ces prix sont souvent conçus en faveur de ces pays acheteurs et non par les forces du marché comme on nous le dit souvent . Par conséquent, le solde tant vantée des déficits de paiement de nations africaines sont souvent conçus par l'Occident qui, tout en augmentant les prix de ses exportations vers l'Afrique, abaisse simultanément les prix qu'il paie pour les exportations africaines".

~ Amos N. Wilson "Blueprint for Black Power: A Moral, Political and Economic Imperative for the Twenty-First Century" page 380 


Traduit par Franswa Makandal

vendredi 20 novembre 2015

Ganga Zumba, le premier des leaders du Quilombo dos Palmares

Guerrier afro-brésilienne de la même période de Ganga Zumba
Ganga Zumba fut le premier des leaders du Quilombo dos Palmares, ou l'Angola Janga, dans l'état actuel de l'Alagoas au Brésil. Zumba fut un esclave qui  s'échappa d'une plantation de sucre et qui assuma son destin en tant qu'héritier du royaume de palmarès ainsi que le titre  de Ganga Zumba. Bien que certains documents portugais lui donnent le nom de Ganga Zumba (ce nom est aujourd'hui largement utilisée), d'autres traduisent son nom par «Grand Seigneur», ce qui n'est probablement pas correcte. Cependant, une lettre lui étant adressée par le gouverneur de Pernambuco en 1678 et se trouvant désormais dans les archives de l'Université de Coimbra, l'appelle "Ganazumba", qui est une meilleure traduction de «Grand Seigneur» (en Kimbundu).

On prétend que Ganga fut le fils de la princesse Aqualtune. Fille d'un roi inconnu du Kongo. Elle a dirigea un bataillon lors de la bataille d'ambuila. Les Portugais gagnèrent la bataille tuant 5000 hommes et capturèrent le roi, ses deux fils, ses deux neveux, quatre gouverneurs, divers fonctionnaires judiciaires, 95 détenteurs de titres et 400 autres nobles. qui furent embarqués sur des navires négriers et vendus comme esclaves dans les Amériques. Il est très probable que Ganga fut parmi les nobles. Le sort du reste d'entre eux est inconnue. On pense que certains furent envoyés en Amérique espagnole, mais Ganga Zumba son frère Zona et sa soeur Sabina (mère de Zumbi dos Palmares son neveu et successeur) furent faits esclaves sur la plantation de Santa Rita dans la Capitainerie portugaise de Pernambuco dans ce qui est maintenant au nord-est du Brésil une province portugaise, à l'époque contrôlée par les hollandais et d'où ils s'enfuirent pour Palmares.

Un quilombo ou mocambo était un refuge d'esclaves en fuite, déportés au Brésil principalement depuis l'Angola, qui échappèrent à leur servitude fuyant vers l'intérieur du Brésil dans la région montagneuse de Pernambuco. Comme leur nombre augmenta, ils formèrent des colonies de Marron, appelés mocambos.

Quilombo dos Palmares
Peu à peu, autant les dix mocambos distincts qui s'étaient originellement formé, fusionnèrent  finalement en une confédération appelée le Quilombo de Palmares, ou l'Angola Janga, sous l'autorité d'un roi, Ganga Zumba ou Ganazumba, qui fut probablement élu par les dirigeants des différents mocambos constitutifs. Ganga Zumba, qui dirigeait le plus grand des villages, Cerro dos Macacos, présidait le conseil des chef de mocambos et était considéré comme le roi de Palmares. Les neuf autres agglomérations étaient dirigés par des frères, fils ou neveux de Gunga Zumba. Zumbi était le chef d'une communauté et de son frère, Andalaquituche, en dirigeait une autre.


zumbi dos palmares, neveu de Ganga Zumba

Dans les années 1670, Ganga Zumba avait un palais, trois épouses, des gardes, des ministres, et des sujets dévoués à son enceinte royale appelée Macaco. Le terme Macaco vient du nom d'un animal (un singe) qui fut tué sur le site. Le enceinte était composée de 1500 maisons qui abritait sa famille, ses gardes, et des fonctionnaires, qui furent tous considérés comme la royauté. Le peuple lui donna le respect d'un monarque et l'honneur d'un Seigneur. 

En 1678 Zumba accepta un traité de paix offert par le gouverneur portugais de Pernambuco, qui exigeait que les Palmarinos déménagent dans la Vallée de Cucaú . Le traité fut contestée par Zumbi, un des neveux de Ganga Zumba, qui mena une révolte contre lui. Dans la confusion qui suivit, Ganga Zumba fut empoisonné, probablement par un de ses propres parents pour avoir voulu traiter avec les Portugais. Beaucoup de ses disciples qui avait déménagé à la vallée Cucaú furent re-asservir par les Portugais. La résistance aux Portugais continua ensuite sous le règne de Zumbi.

Le film brésilien Ganga Zumba fut réalisé 1963, mais ne sorti en 1972 parce qu'il y avait un coup d'Etat militaire au Brésil en 1964, et les films sur les révolutions, même ceux qui se déroulaient au 17ème siècle, étaient considérés comme politiquement dangereux. Le film est basé sur le roman de João Felício dos Santo, et se concentre sur un esclave noir qui finit à Palmares. Le film parle de la libération des Noirs et maintient une perspective raciale noir.






Bibliographie



  • Ganga Zumba, 1963, film by Carlos Diegues
  • Quilombo, 1984, film by Carlos Diegues au sujet de Palmares, ASIN B0009WIE8E
  • Robert Stam, Slow Fade to Afro: The Black Presence in Brazilian Cinema, Film Quarterly, Vol. 36, No. 2. (Winter, 1982–1983), pp. 16–32. Stable URL
  • R. K. Kent, Palmares: An African State in Brazil, The Journal of African History, Vol. 6, No. 2. (1965), pp. 161–175. Stable URL
  • Irene Diggs, Zumbi and the Republic of Os Palmares, Phylon (1940–1956), Vol. 14, No. 1. (1st Qtr., 1953), pp. 62–70. Stable URL

Traduction de Franswa Makandal


jeudi 19 novembre 2015

Le Code Noir de 1685



Promulgué par Louis XIV en 1685, le Code Noir réglementait l'esclavage des Noirs.


Article premier

Voulons et entendons que l'édit du feu roi de glorieuse mémoire notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles. Ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.

Article 2

Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achèteront des nègres nouvellement arrivés d'en avertir les gouverneurs et intendant des dites îles dans huitaine au plus tard, à peine d'amende arbitraire ; lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable.

Article 3

Interdisons tout exercice public d'autre religion que de la catholique, apostolique et romaine ; voulons que les contrevenants soient punis comme rebelles et désobéissants à nos commandements. Défendons toutes assemblées pour cet effet, lesquelles nous déclarons conventicules, illicites et séditieux, sujettes à la même peine, qui aura lieu même contre les maîtres qui les permettront ou souffriront à l'égard de leurs esclaves.


Article 4

Ne seront préposés aucun commandeur à la direction des nègres, qui ne fassent profession de la religion catholique, apostolique et romaine, à peine de confiscation des dits nègres contre les maîtres qui les auront préposés et de punition arbitraire contre les commandeurs qui auront accepté ladite direction.

Article 5

Défendons à nos sujets de la religion prétendue réformée d'apporter aucun trouble ni empêchements à nos autres sujets, même à leurs esclaves, dans le libre exercice de la religion catholique, apostolique et romaine, à peine de punition exemplaire.

Article 6

Enjoignons à tous nos sujets, de quelque qualité et condition qu'ils soient, d'observer les jours de dimanche et fêtes qui sont gardés par nos sujets de la religion catholique, apostolique et romaine. Leur défendons de travailler, ni faire travailler leurs esclaves aux dits jours, depuis l'heure de minuit jusqu'à l'autre minuit, à la culture de la terre, à la manufacture des sucres, et à tous autres ouvrages, à peine d'amende et de punition arbitraire contre les maîtres, et de confiscation tant des sucres que des dits esclaves qui seront surpris par nos officiers dans leur travail. [nb. Tous les prétextes sont bons pour priver les esclaves du repos hebdomadaire et des jours de fête.]

Article 7

Leur défendons pareillement de tenir le marché des nègres et de toutes autres marchandises les dits jours sur pareille peine de confiscation des marchandises qui se trouveront alors sur le marché, et d'amende arbitraire contre les marchands.


Article 8

Déclarons nos sujets, qui ne sont pas de la religion catholique apostolique et romaine incapables de contacter à l'avenir aucun mariage valable. Déclarons bâtards les enfants qui naîtront de telles conjonctions, que nous voulons être tenues et réputées, tenons et réputons pour vrai concubinages.

Article 9

Les hommes libres qui auront eu un ou plusieurs enfants de leurs concubinages, avec leurs esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront chacun condamnés à une amende de deux mille livres de sucre. Et s'ils sont les maîtres de l'esclave de laquelle ils auront eu les dits enfants, voulons qu'outre l'amende, ils soient privés de l'esclave et des enfants, et qu'elle et eux soient confisqués au profit de l'hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis. N'entendons toutefois le présent article avoir lieu, lorsque l'homme libre qui n'était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l'Église sa dite esclave, qui sera affranchie par ce moyen, et les esclaves rendus libres et légitimes. [nb. Dans le Code Noir de 1724 (Louisiane) : pas de mariage possible entre Blancs et Noirs ; interdiction aux prêtres de célébrer des mariages mixtes ; pas de concubinage entre Blancs et Noirs affranchis ou libres, et esclaves.]


Article 10

Les dites solennités prescrites par l'ordonnance de Blois et par la déclaration du mois de novembre 1639, pour les mariages, seront observées tant à l'égard des personnes libres que des esclaves, sans néanmoins que le consentement du père et de la mère de l'esclave y soit nécessaire, mais celui du maître seulement. [nb. Les esclaves qui seraient contraints de se marier par leurs maîtres n'ont aucun moyen juridique pour refuser]

Article 11

Défendons très expressément aux curés de procéder aux mariages des esclaves, s'ils ne font apparoir du consentement de leurs maîtres. Défendons aussi aux maîtres d'user d'aucune contrainte sur leurs esclaves pour les marier contre leur gré.

Article 12

Les enfants qui naîtront de mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leur mari, si le mari et la femme ont des maîtres différents.

Article 13

Voulons que si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants tant mâles que filles suivent la condition de leur mère et soient libres comme elle nonobstant la servitude de leur père ; et que si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement.

Article 14

Les maîtres seront tenus de faire mettre en terre sainte dans les cimetières destinés à cet effet leurs esclaves baptisés ; et à l'égard de ceux qui mourront sans avoir reçu le baptême, ils seront enterrés la nuit dans quelque champ voisin du lieu où ils seront décédés. [nb. La « terre sainte » des Noirs est bien différente de la « terre sainte » des Blancs]

Article 15

Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive, ni de gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation des armes au profit de celui qui les en trouvera saisis ; à l'exception seulement de ceux qui seront envoyés à la chasse par leurs maîtres, et qui seront porteurs de leurs billets ou marques connues.


Article 16

Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s'attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l'un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle, qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lis ; et en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l'arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, et de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu'ils ne soient officiers et qu'il n'y ait contre eux aucun décret.

Article 17

Les maîtres qui seront convaincus d'avoir permis ou toléré telles assemblées composées d'autres esclaves que de ceux qui leur appartiennent, seront condamnés en leurs propres et privés noms de réparer tout le dommage qui aura été fait à leurs voisins à l'occasion des dites assemblées, et en dix écus d'amende pour la première fois, et au double en cas de récidive.

Article 18

Défendons aux esclaves de vendre des cannes à sucre pour quelque cause et occasion que ce soit, même avec la permission de leurs maîtres, à peine de fouet contre les esclaves, et de dix livres tournois contre leurs maîtres qui l'auront permis, et de pareilles amendes contre l'acheteur.

Article 19

Leur défendons aussi d'exposer en vente au marché, ni de porter dans les maisons particulières pour vendre aucune sorte de denrées, même des fruits, légumes, bois à brûler, herbes pour la nourriture des bestiaux et leurs manufactures, sans permission expresse de leurs maîtres par un billet ou par des marques connues, à peine de revendication des choses ainsi vendues, sans restriction du prix par leurs maîtres, et de six livres tournois d'amende à leur profit contre les acheteurs.


Article 20

Voulons à cet effet que deux personnes soient préposées par nos officiers dans chacun marché pour examiner les denrées et marchandises qui y seront apportées par les esclaves, ensemble les billets et marques de leurs maîtres, dont ils seront porteurs.

Article 21

Permettons à tous nos sujets habitants de nos îles de se saisir de toutes les choses dont ils trouveront les esclaves chargés lorsqu'ils n'auront point de billets de leurs maîtres, ni de marques connues, pour être rendues incessamment à leurs maîtres, si les habitations sont voisines du lieu où les esclaves auront été surpris en délit ; sinon elles seront incessamment envoyées à l'hôpital pour y être en dépôt jusqu'à ce que les maîtres en aient été avertis.

Article 22

Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chacune semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure du pays, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant deux livres et demie chacun au moins, ou choses équivalentes, avec deux livres de b'uf salé ou trois livres de poisson ou autres choses à proportion ; et aux enfants, depuis qu'ils sont sevrés jusqu'à l'âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus. [nb. La mortalité est énorme chez les Noirs. Ils sont mal nourris et les Blancs les font travailler au-delà de leurs forces pour faire plus de revenus.]

Article 23

Leur défendons de donner aux esclaves de l'eau-de-vie de canne guildent pour tenir lieu de la subsistance mentionnée au précédent article.

Article 24

Leur défendons pareillement de se décharger de la nourriture et subsistance de leurs esclaves, en leur permettant de travailler certain jour de la semaine pour leur compte particulier.

Article 25

Seront tenus les maîtres de fournir à chacun esclave par chacun an deux habits de toile ou quatre aulnes de toile, au gré des dits maîtres. [nb. En réalité, les maîtres s'occupent très peu de les habiller]

Article 26

Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres selon que nous l'avons ordonné par ces présentes pourront en donner l'avis à notre procureur général et mettre les mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d'office, si les avis lui en viennent d'ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais, ce que nous voulons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves. [nb. Les articles 30 et 31 annulent purement et simplement les bonnes intentions de l'article 26.]

Article 27

Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres ; et en cas qu'ils les eussent abandonnés, les dits esclaves seront adjugés à l'hôpital ; auquel les maîtres seront condamnés de payer six sols par chacun jour pour la nourriture et entretien de chaque esclave. [nb. La pratique quotidienne est l'abandon pur et simple]

Article 28

Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit à leur maître, et tout ce qui leur vient par industrie ou par la libéralité d'autres personnes ou autrement à quelque titre que ce soit, être acquis en pleine propriété à leur maître, sans que les enfants des esclaves, leur père et mère, leurs parents et tous autres libres ou esclaves puissent rien prétendre par succession, disposition entre vifs ou à cause de mort. Lesquelles dispositions nous déclarons nulles, ensemble toutes les promesses ou obligations qu'ils auraient faites, comme étant faites par gens incapables de disposer et contracter de leur chef.

Article 29

Voulons néanmoins que les maîtres soient tenus de ce que leurs esclaves auront fait par leur commandement, ensemble de ce qu'ils auront géré et négocié dans les boutiques, et pour l'espèce particulière de commerce à laquelle leurs maîtres les auront préposés ; et en cas que leurs maîtres n'aient donné aucun ordre et ne les aient point préposés, ils seront tenus seulement jusqu'à concurrence de ce qui aura tourné à leur profit ; et si rien n'a tourné au profit des maîtres, le pécule des dits esclaves que leurs maîtres leur auront permis d'avoir en sera tenu, après que leurs maîtres en auront déduit par préférence ce qui pourra leur être dû ; sinon que le pécule consistât en tout ou partie en marchandises dont les esclaves auraient permission de faire trafic à part, sur lesquelles leurs maîtres viendront seulement par contribution au sol la livre avec leurs autres créateurs.

Article 30

Ne pourront les esclaves être pourvus d'offices ni de commissions ayant quelques fonctions publiques, ni être constitués agents par autres que leurs maîtres pour gérer ni administrer aucun négoce, ni être arbitres, experts ou témoins tant en matière civile que criminelle. Et en cas qu'ils soient ouïs en témoignage, leurs dépositions ne serviront que de mémoires pour aider les juges à s'éclaircir ailleurs, sans que l'on en puisse tirer aucune présomption, ni conjoncture, ni adminicule de preuve.


Article 31

Ne pourront aussi les esclaves être partie ni être en jugement ni en matière civile, tant en demandant qu'en défendant, ni être parties civiles en matière criminelle, sauf à leurs maîtres d'agir et de défendre en matière civile, et de poursuivre en matière criminelle la réparation des outrages et excès qui auront été commis contre leurs esclaves.

Article 32

Pourront les esclaves être poursuivis criminellement sans qu'il soit besoin de rendre leur maître partie, sinon en cas de complicité ; et seront les dits esclaves jugés en première instance par les juges ordinaires et par appel au Conseil souverain sur la même instruction, avec les mêmes formalités que les personnes libres.

Article 33

L'esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.

Article 34

Et quant aux excès ou voies de fait qui seront commis par les esclaves contre les personnes libres, voulons qu'ils soient sévèrement punis, même de mort s'il y échet.

Article 35

Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, b'ufs et vaches qui auront été faits par les esclaves, ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort, si le cas le requiert.

Article 36

Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, cannes de sucre, pois, mil, manioc ou autres légumes faits par les esclaves seront punis selon la qualité du vol, par les juges, qui pourront s'il y échet les condamner à être battus de verges par l'exécuteur de la haute justice, et marqués d'une fleur de lis.

Article 37

Seront tenus les maîtres en cas de vol ou d'autres dommages causés par leurs esclaves, outre la peine corporelle des esclaves, de réparer le tort en leur nom, s'ils n'aiment pas mieux abandonner l'esclave à celui auquel le tort a été fait ; ce qu'ils seront tenus d'opter dans les trois jours, à compter du jour de la condamnation, autrement ils en seront déchus.

Article 38

L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule ; et s'il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule ; et la troisième fois il sera puni de mort.

Article 39

Les affranchis qui auront donné retraite dans leurs maisons aux esclaves fugitifs seront condamnés par corps envers leurs maîtres en l'amende de trois cents livres de sucre par chacun jour de rétention ; et les autres personnes libres qui leur auront donné pareille retraite, en dix livres tournois d'amende pour chaque jour de rétention.


Article 40

L'esclave puni de mort sur la dénonciation de son maître, non complice du crime par lequel il aura été condamné, sera estimé avant l'exécution par deux principaux habitants de l'île qui seront nommés d'office par le juge ; et le prix de l'estimation sera payé au maître ; et pour à quoi satisfaire, il sera imposé par l'intendant sur chacune tête des nègres payant droits la somme porté par l'estimation, laquelle sera régalée sur chacun des dits nègres, et levée par le fermier du Domaine royal d'Occident pour éviter à frais.

Article 41

Défendons aux juges, à nos procureurs et aux greffiers de prendre aucune taxe dans les procès criminels contre les esclaves, à peine de concussion.

Article 42

Pourront seulement les maîtres, lorsqu'ils croiront que leurs esclaves l'auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes ; leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membre, à peine de confiscation des esclaves et d'être procédé contre les maîtres extraordinairement. [nb. La réalité est que le colon brime, meurtrie, torture et tue.]

Article 43

Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres ou les commandeurs qui auront tué un esclave sous leur puissance sous leur direction, et de punir le meurtre selon l'atrocité des circonstances ; et en cas qu'il y ait lieu de l'absolution, permettons à nos officiers de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs absous, sans qu'ils aient besoin d'obtenir de nous lettres de grâce. [nb. Les maîtres n'ont cessé de tourmenter, torturer, tuer ; ils seront pratiquement toujours absous]

Article 44

Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels entrer en la communauté, n'avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers sans préciput ni droit d'aînesse, ni être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni aux retranchements des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort ou testamentaire.

Article 45

N'entendons toutefois priver nos sujets de la faculté de les stipuler propres à leurs personnes et aux leurs de leur côté et ligne, ainsi qu'il se pratique pour les sommes de deniers et autres choses mobilières.

Article 46

Dans les saisies des esclaves seront observées les formalités prescrites par nos Ordonnances et les coutumes pour les saisies des choses mobilières. Voulons que les deniers en provenant soient distribués par ordre des saisies, ou, en cas de déconfiture, au sol la livre, après que les dettes privilégiées auront été payées, et généralement que la condition des esclaves soit réglée en toute affaire, comme celle des autres choses mobilières, aux exceptions suivantes.


Article 47

Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari de la femme et leurs enfants impubères, s'ils sont tous sous la puissance du même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en seront faites, ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires, sur peine contre ceux qui feraient les aliénations d'être privés de celui ou de ceux qu'ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu'ils soient tenus de faire aucun supplément de prix. [nb. Dans la pratique, le maître peut vendre les enfants séparément de ses parents et marchander séparément les époux.]

Article 48

Ne pourront aussi les esclaves travaillant actuellement dans les sucreries, indigoteries et habitations, âgés de quatorze ans et au-dessus jusqu'à soixante ans, être saisis pour dettes, sinon pour ce qui sera dû du prix de leur achat, ou que la sucrerie ou indigoterie, ou habitation dans laquelle ils travaillent, soient saisies réellement ; défendons, à peine de nullité, de procéder par saisie réelle et adjudication par décret sur les sucreries, indigoteries ni habitations, sans y comprendre les esclaves de l'âge susdit et y travaillant actuellement.

Article 49

Les fermiers judiciaires des sucreries, indigoteries ou habitations saisies réellement conjointement avec les esclaves seront tenus de payer le prix entier de leur bail : sans qu'ils puissent compter parmi les fruits qu'ils percevront les enfants nés des esclaves pendant le bail.

Article 50

Voulons, nonobstant toutes conventions contraires que nous déclarons nulles, que les dits enfants appartiennent à la partie saisie, si les créanciers sont satisfaits d'ailleurs, où à l'adjudicataire, s'il intervient un décret ; et à cet effet mention sera faite, dans la dernière affiche avant l'interposition du décret, des dits enfants nés des esclaves depuis la saisie réelle ; que dans la même affiche il sera fait mention des esclaves décédés depuis la saisie réelle dans laquelle ils étaient compris.

Article 51

Voulons, pour éviter aux frais et aux longueurs des procédures, que la distribution du prix entier de l'adjudication conjointe des fonds et des esclaves, et de ce qui proviendra du prix des baux judiciaires, soit faite entre les créanciers selon l'ordre de leurs privilèges et hypothèques, sans distinguer ce qui est pour le prix des fonds d'avec ce qui est pour le prix des esclaves.

Article 52

Et néanmoins les droits féodaux et seigneuriaux ne seront payés qu'à proportion du prix des fonds.

Article 53

Ne seront reçus les lignagiers et seigneurs féodaux à retirer les fonds décrétés, s'ils ne retirent les esclaves vendus conjointement avec les fonds, ni les adjudicataires à retenir les esclaves sans les fonds.

Article 54

Enjoignons aux gardiens nobles et bourgeois, usufruitiers amodiateurs et autres jouissants des fonds auxquels sont attachés des esclaves qui travaillent, de gouverner les dits esclaves comme bons pères de famille sans qu'ils soient tenus après leur administration de rendre le prix de ceux qui seront décédés ou diminué par maladies, vieillesse ou autrement sans leur faute, et sans qu'ils puissent aussi retenir comme fruits à leurs profits les enfants nés des esclaves durant leur administration ; lesquels nous voulons être conservés et rendus à ceux qui en seront les maîtres et propriétaires.

Article 55

Les maîtres âgés de vingt ans pourront affranchir leurs esclaves par tous actes entre vifs ou à cause de mort, sans qu'ils soient tenus de rendre raison de leur affranchissement, ni qu'ils aient besoin d'avis de parents, encore qu'ils soient mineurs de vingt-cinq ans. [nb. Des mesures viendront plus tard pénaliser durement l'affranchissement]

Article 56

Les esclaves qui auront été faits légataires universels par leurs maîtres, ou nommés exécuteurs de leurs testaments, ou tuteurs de leurs enfants, seront tenus et réputés, les tenons et réputons pour affranchis. [nb. Il n'y a jamais eu de tutorat de Noirs ni de mulâtres sur des Blancs Et bien sûre, il n'y a pas eu d'exécuteurs testamentaires noirs ou métis des maîtres blancs décédés.]

Article 57

Déclarons leurs affranchissements faits dans nos îles leur tenir lieu de naissance dans nos îles, et les esclaves affranchis n'avoir besoin de nos lettres de naturalité pour jouir des avantages de nos sujets naturels dans notre royaume, terres et pays de notre obéissance, encore qu'ils soient nés dans les pays étrangers.

Article 58

Commandons aux affranchis de porter un respect singulier à leurs anciens maîtres, à leurs veuves et à leurs enfants ; en sorte que l'injure qu'ils leur auront faite soit punie plus grièvement, que si elle était faite à une autre personne. Les déclarons toutefois francs et quittes envers eux de toutes autres charges, services et droits utiles que leurs anciens maîtres voudraient prétendre, tant sur les personnes que sur leurs biens et successions en qualité de patrons.

Article 59

Octroyons aux affranchis les mêmes droits, privilèges et immunités dont jouissent les personnes nées libres ; voulons que le mérite d'une liberté acquise produise en eux, tant pour leurs personnes que pour leurs biens, les mêmes effets que le bonheur de la liberté naturelle cause à nos autres sujets. [nb. De nombreuses restrictions seront ajoutées : pas d'accès à la noblesse, pas d'accès à la « classe des Blancs », pas de possibilité d'exercer une charge dans la judicature et dans les milices, pas de profession les mettant même de loin en relation avec les fonctions juridiques ou judiciaires, etc.]

Article 60

Déclarons les confiscations et les amendes, qui n'ont point de destination particulière par ces présentes, nous appartenir, pour être payées à ceux qui se sont préposés à la recette de nos revenus. Voulons néanmoins que distraction soit faite du tiers des dites confiscations et amendes au profit de l'hôpital établi dans l'île où elles auront été adjugées. Si donnons en mandement à nos âmes et féaux les Gens tenant notre Conseil souverain établi à la Martinique, Guadeloupe, Saint-Christophe, que ces présentes ils aient à faire lire, publier et enregistrer, et le contenu en elles garder et observer de point en point selon leur forme et teneur, sans convenir ni permettre qu'il y soit contrevenu en quelque sorte et manière que ce soit, nonobstant tous édits, déclarations, arrêts et usages, auxquels nous avons dérogé et dérogeons par ces dites présentes. Car tel est notre bon plaisir ; et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous y avons fait mettre notre scel. Donné à Versailles au mois de mars mil six cent quatre-vingt-cinq, et de notre règne le quarante-deuxième. Signé Louis. Et plus bas, par le Roi, Colbert. Visa, Le Tellier. Et scellé du grand sceau de cire verte, en lacs de soie verte et rouge.